Histoires courtes

Pli sous silence 2/2

Chantal Telliac··2 min de lecture

* ... suite

Le facteur a de l’avance ce matin. J’entends crisser les pneus de sa voiture dans la cour. Peut-être partagera-t-il un café avec moi. Je me hâte. Il toque déjà à la porte. Un recommandé, certainement… Impossible d’interpréter l’image qui, soudainement se dérobe à ma vue. Le parterre multicolore de fleurs des champs, tableau de derrière ma porte, se voit occulté par des hortensias. Un énorme bouquet où tout un chamarré de rose, de bleu, de violet, tous ces tons entremêlés dans un seul regard, m’en émeuvent aux larmes. Et, toujours le silence… Non, ce présent n’est pas une illusion. Vous êtes là, rayonnant. Etourdie, enivrée de ces couleurs matinales, je reste coi. Mais, vous entrez, heureux, comme si rien ne pouvait entraver votre marche. Le café est prêt, les tasses fument, les esprits s’apaisent. Ma lettre a bien fait son chemin, elle vous est arrivée voilà deux jours. Ce fut la seule. Aucune autre, aucune invitation ne s’est glissée dans votre boite aux lettres. Difficile à croire pourtant, à le voir ainsi excité de sa visite impromptue… Alors, comment expliquer son mutisme depuis si longtemps ? Les mains se frôlent, se caressent, et, d’autres pneus crissent dans la cour. Le sourire figé au bout des lèvres, le facteur fait un signe de la main à Marielle qui s’empresse de le rejoindre. A peine deux pas les sépare et Yvon s’empresse déjà de les retrouver. Le souvenir de cette lettre est bien présent, bien sûr. Lorsque les courriers sont remis en mains propres, c’est qu’ils sont importants. Dans ce cas, précautionneusement, il les range bien calés dans la petite poche de sa sacoche. Pas de risque qu’ils soient froissés ou cornés. Sûr de lui, notre facteur l’ouvre devant nous avec enthousiasme, pour que chacun en visionne la cachette secrète et…

Ô stupeur ! Peut-on en vouloir à quiconque ? Coincée dans ce fond clandestin, un pli a séjourné, a voyagé entre routes goudronnées, pavées, et chemins terreux. Il aura roulé longtemps sous les allées de graviers blancs, il aura disséminé le pollen des jours de fête et des retrouvailles étonnantes aux couleurs de l’été.

Oserais-je imaginer que, sous cette caresse des petits matins heureux, la vie m’accorde aujourd’hui de m’habiller enfin aux couleurs de son bouquet de rose, de bleu et de violet…

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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