Histoires courtes

Sachez vous courber, Monsieur !

Chantal Telliac··2 min de lecture

Au temps des larges chemises blanches, dentelles aux poignets, cols pointus et jabots exubérants, la révérence était coutumière des usages quotidiens des grandes maisons. Buste droit, au comble de la dignité, Monsieur se voyait tête courbée pour le profond respect du statut, ou l’inclinaison envers une dame reflétait l’essentielle élégance de l’homme et de l’image que l’on attendait de lui. A l’inverse, une révérence féminine accordait, dans une chorégraphie plus complexe, jambes, tête et bras, symbole de respect, certes, mais inévitablement aussi, le signe même d’une sorte de soumission. Pourtant, ces temps de belles manières et de protocoles, ancrés dans les mœurs du savoir vivre, n’évitaient en rien, dès les talons tournés, quelques sournoiseries saupoudrées de cancans d’alcôves.

Force est de constater que la duplicité n’est l’apanage d’aucune époque. Alors qu’à présent, muscles étriqués sous des chemises cintrées au plus près du corps offrent une silhouette sans grand confort, que les dentelles s’étirent sous l’extensible élasthane, que la bienséance ne concerne plus qu’une poignée de privilégiés, les ragots et bavardages peu révérencieux restent quant à eux toujours prêts à s’émanciper, tandis que la révérence s’est vue remplacée par quelques railleuses courbettes.

Les mots affligeants s’enfilent de la sorte, comme des perles scintillantes exposées au plus grand nombre ; les fibres aux couleurs chatoyantes se brodent comme des enluminures, affichant ainsi privilèges et abusives permissions. Puis, la lumière du jour s’assombrit en bleu-nuit. Les broderies s’effilochent et les mots grinçants ne sont plus que chiffon. Quant aux dorures déjà écaillées, sous un fortuit soufflet, peu s’en faut qu’elles se ternissent à jamais.

Le verbe comme les parures de fils précieux resteront le privilège de ceux qui les portent ou les colportent à travers les temps et les modes du moment.

Est-il possible, sans froisser soies et tablier, de soustraire la médiocrité des échanges de salon ou d’atelier pour n’en conserver que la lumière d’une âme sous la pâleur de l’obscurité ?

Peut-on faire appel à l’essence même de cet être caustique pour qu’en un souffle de brise, sa bonté se révèle ?

Et si l’éphémère s’offrait à l’invisible, que resterait-il alors, sinon des êtres munis d’une conscience accrue dirigée vers l’absolu ?

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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