Un faisan m'a prêté sa plume

Si l’on s’efforçait d’alléguer la noblesse des bêtes à plumes, on citerait bien évidemment l’aigle qui vit sur les plus hauts sommets et qui, de la puissance de ses ailes déployées, domine le monde des pointes rocheuses. Je me souviens aussi du goéland, ce Jonathan qui défia ensemble son état et le vent, pour aller vers l’au-delà et grandir encore. Et du rouge-gorge, ce si petit volatile qui, en enlevant une à une les épines du Christ en croix, tâcha sa robe pour toujours. Et encore, de la danse envoûtante des étourneaux aux abords de l’automne, de la migration des oies sauvages vers les pays chauds, du regroupement des hirondelles patientant sagement sur leur fil électrique jusqu’à l’arrivée des retardataires avant leur envol collectif. Comment ne pas citer aussi les majestueux cygnes blancs au long cou qui, tels des mirages, flottent entre les brumes des matins pluvieux. Impossible de faire l’impasse et pour ne mentionner qu’elle, sur l’autruche, cet oiseau déchu qui, pour toujours, aura quitté les cieux, vêtue de ses longues et gracieuses plumes au toucher doux et velouté, incomparables d’entre-toutes.
D’autres bien moins prestigieux, moins attrayants, moins glorieux offrent pourtant, sous un autre angle de vue, malgré le peu d’intérêt que les contes populaires leur ont consenti, un raffinement sans égal. Il me plaît de citer enfin le faisan, cet oiseau aux plumes fines et si délicatement agencées, qui termine bien trop souvent sa course, nu et privé de son fin duvet, doré à point dans le four chaud des fêtes familiales. Pourtant, avant cette rôtie, il courrait en lisière de forêt et y faisait son nid…
Alors, tant qu’une de ses plumes vibrera dans la brise matinale,
Sur ma tête ses couleurs m’ennobliront,
Tandis que plumes et poils, enfin, se confondront.
Chargement des commentaires…




