Ce qu'il se passe derrière

L’homme avide et plein de curiosité a toujours voulu savoir ce qu’il se passe « derrière ». Derrière la montagne qui cache l’horizon, en essayant de la gravir pour voir le monde que sa grandeur occulte ; derrière l’alignement de vallées aux paysages ennuyeux, trop semblables les unes aux autres. Que se passe-t-il au bout de la mer, lorsque le voilier outre-passe le visible de la berge jusqu’à devenir microscopique pour ceux qui s’interrogent, les pas collés sur le sable humide de la plage, affamés de connaissance ? Peut-on se limiter à la périphérie de nos pieds sans désirer découvrir la couleur de l’herbe que d’autres pas ont foulée ? Y-a-t-il une autre approche de la vie, une perception différente s’impose-t-elle ailleurs, là-bas, de l’autre côté de la terre ?
Au-delà de toutes ces sphères, il y a de ces endroits, semble-t-il, dont on ne revient jamais. Quand mes yeux fixent le miroir, lui, me renvoie instantanément mon reflet. Mais que devient-il lorsque je vaque à mes charges quotidiennes, ailleurs, loin de lui ? A-t-il capturé un peu de mon essence, de ma présence sur son verre poli ? Où n’est-il que matière sans existence, ni profondeur ? Ce dit miroir est-il gardien des âmes passées au trépas sans que son corps ne puissent plus retenir leur image, ou peut-être sont-ils émerveillés pas les lumières qui les guident sur ce versant-là, sans jamais envisager un retour en nos terres assurément moins étincelantes ? Et d’ailleurs, un éventuel retour serait-il simplement possible ?
Pourtant, dans le clair-obscur d’un jour qui s’efface devant la Lune qui s’installe, de temps à autre, une ombre me suit. Amicale souvent, neutre parfois. Tandis que dans ma vie de pèlerin engourdi par les peines et les épreuves, si rudes quelquefois, qui s’acharnent à briser la porte de mon cabinet secret, une odeur tant connue du passé vient effleurer mon âme cabossée. A ce moment, l’amour et les larmes ne sont plus dissociables, tout est un. Un sursaut, un sourire, une inspiration, une raison de vivre.
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