Instants de vie

Clin d'œil à Zaho de Sagazan : pour une plume au vent

Chantal Telliac··3 min de lecture

Petit oiseau, « il fait toujours beau au-dessus des nuages » chante, sublime, Zaho de Sagazan. Mais, ton cœur bat trop vite, il faut calmer ta peur. Alors, déploie tes ailes, courage, tu peux le faire. Le temps ne t’est pas compté, lisse tes plumes afin que le vent dynamise ta robe, pour mieux s’immiscer entre chaque souffle des harpes du ciel.

Aujourd’hui pourtant, ton ciel est gris, l’amour défaillant s’est incarné ailleurs, pour réchauffer d’autres âmes. Vitreux sont les yeux qui t’entourent, rien ne transparaît, dans une sorte d’indifférence où chacun se noie. Qu’importe ! Parce qu’une histoire est à vivre, sans carte ni boussole. Sans rancœur, il te faut sécher tes larmes, puisque dans le gris de ce matin, le ciel te sourit, créant comme une faille, une ouverture, rien que pour toi. Personne ne l’attend, personne ne la voit, mais toi tu la reconnais. Une brise te l’a soufflé, elle t’a caressé les yeux, tes plumes ont frissonné. Tout en toi perçoit maintenant le battement de la terre vue d’en haut. Alors, écarte tes ailes, le vent se plaît déjà entre chacune d’elles. Mais les émotions te submergent, elles se lient entre elles pour te clouer au sol, où les rêves retenus captifs ne peuvent s’élever au-delà des nuages. L’air pourtant te chatouille le bec, il émane et transporte des parfums subtils, presque pétillants, révélant ta propre essence.

Alors que la terre tourne au pas et à la vitesse de chacun, toi, tu ne marcheras pas ; au-delà des nuées, le vent te siffle déjà tous les mots que tu ne pouvais entendre sous l’opacité des nuages. Trop de bruit, pas assez de couleurs. Les courants te portent, ils te transportent vers cette infinie lumière où les mélodies claquent du tambour, où tes ailes vibrent comme des cymbales aux accents irréels, soutenues par les harmonies vibratoires d’où naissent les chants des courants d’air. La liberté à portée d’ailes, elles se sont étirées jusqu’à absorber toutes les octaves des romances de noires et de blanches pointées.  

Voici que les mois se sont écoulés, tes plumes se sont affermies, aux couleurs moins éclatantes mais plus profondes. Toi, tu n’as pas succombé à l’ivresse des sommets. Le soleil t’a inondé sans te brûler ; le vent t’a caressé sans te froisser, et les nuages t’ont révélé ta vérité. 

De là-haut, à présent, garde en mémoire ceux qui ne voleront jamais, dont les ailes ont été déchirées avant même de s’être ouvertes. Au cœur des courants changeants, capricieux et colériques parfois, chacune de tes plumes écrit l’incessant combat que tu as mené, la force que tu as déployée.

Alors… vole, vole encore plus haut et enivre-toi des traînées de ces chants lancées à la volée, de ceux que l’on bannit au hasard des courants et des si grandes mélodies, posées sur les ailes de ces vents maudits, tant chassés, tant désavoués.

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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