Figue fraîche, figue sèche

Figue-fruit, figue de première saison naissante. Ton galbe rond, ta robe bleue, presque grise, s’épanouie entre les branches qui te portent et les larges feuilles vertes éclatantes qui te protègent d’un soleil de plomb. Entre les racines de ton arbre, le ruisseau qui frétille te nourrit, ton corps s’arrondit et grossit jusqu’à se craqueler, laissant apparaître le jupon blanc de ta peau. Le sucré de ta chair déploie mille arômes qui attirent toutes les guêpes alentour. On te convoite, on s’offre à toi pour l’amour de ta saveur jusqu’à satiété.
Et voilà que ta saison tend à sa fin. Les prétendants se sont relayés, t’ont picorée puis se sont effacés. Sous le soleil, l’éclat de tes jours heureux a été absorbé, ta robe s’est altérée. A présent, tu as perdu de ta superbe, rien ne te rendra les jours d’hier. Du haut de ta branche, on te regarde autrement et te voilà cueillie, rassemblée avec d’autres fruits qui, comme toi, ont vécu choses semblables. Le temps n’est plus à la beauté ni à la parade des ailes affamées, et pourtant, on te caresse, on te soigne encore.
Toutes Dames et Damoiselles ont vécu choses pareilles. Tant de robes revêtues le temps d’un flirt estival… Et puis, chaire fine et charnue est alors devenue peau sèche et tannée par le dieu soleil qui trop a brûlé !
Aujourd’hui pourtant, le menton en marmelade et le corps tel un fruit sec, ta peau sucrée rend aux rudes soirées… la douce lumière des veillées d’hiver, qui restitue l’éphémère chaleur de ton été.
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