Le cabinet de curiosités

Il est des lieux spécialement conçus dans l’unique perspective d’y trouver paix, sérénité en toute discrétion. Une sorte de cachette, généralement des plus discrètes, confinée en grande majorité au fond d’un couloir, coincée entre la salle d’eau et les conserves qui sommeillent, savamment disposées dans le placard sous l’escalier. Cette pièce précieuse, presque clandestine, a pour fonction secrète d’assurer les besoins impérieux de chacun. Mais, pour avoir posé mon séant sur tant de ces diverses lunettes, les avoir visitées aux quatre coins du monde, de toutes celles qui reçurent mon humble visite, n’en subsiste qu’une, et pour cause.
Anne, ma sœur Anne… m’avait prévenue d’y rester sage ! Alors qu’elle tirait la porte avant de m’y faire entrer, son sourire muet en disait déjà long. Mais comment aurais-je pu en savoir d’avantage, sinon en y franchissant le pas, car aussitôt un autre monde s’éveilla.
Seul à présent, comme le veut la pudeur en ces lieux de commodité, n’est-il pas étrange d’être confronté à une tapisserie murale saturée de toiles, où les portraits conversent et échafaudent entre eux des plans énigmatiques. Alors que l’intimité eut exigé la discrétion, assis au milieu de ces « grands » hommes, dans le succin confort d’un abattant relevé, ce murmure incessant digne d’une ruche, nous soumet au silence pour ne heurter aucun d’eux, et passer ainsi inaperçu durant quelques minutes de présence ici-bas.
Au-dessus de ma tête, les échanges se font plus musclés. Un visage sombre et anguleux, lisse son col aux larges pointes finement ajourées, tandis que, sur le mur qui lui fait front, son co-locataire s’agace en déployant un bras hors de son cadre doré. S’il lui eut été possible de soustraire cet éternel congénère de sa vue, en l’éjectant d’un revers de dentelle au poignet comme d’un revers de soufflet, ç’eut été chose faite, car fort de colère et s’appuyant sur l’encadrement de sa toile, le personnage que je croyais figé au-dessus de ma tête, en extirpa son buste comme on le ferait de sa fenêtre. Est-ce Dieu possible ?
Soudain, l’envie impérieuse ne se révèle, finalement, plus si pressante. L’instinct intime l’urgence et stimule l’empressement de se hisser sur ses jambes, d’attraper la poignée de la porte pour déguerpir de cet étrange cabinet et quitter coûte que coûte ce bien insolite vacarme pour ne pas y succomber.
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