Frimas de l'hiver

Avant que l’hiver ne se termine, comment lui dire l’importance de ses gelées, tant elles me sont chères, lorsque la rosée transformée en cristaux glacés craque sous nos pieds lourdement chaussés. Que, lorsque les cous savamment emmitouflés sous leur col de laine ou leur foulard de fine soie tombent, les esprits enfin se réchauffent auprès du feu doux et puissant. En illuminant la pièce, en imposant sa puissance à peine canalisée entre les murs de son insert qui le conduit vers le ciel, il susurre à nos esprits encombrés la beauté, la profondeur de ses flammes, leur panaché de couleurs, leur lumière impénétrable et la puissance de nos rêves qui y succombent. Parfois, lorsque sa colère dévastatrice brûle la colline, peut-être faut-il modérer nos combats et mieux comprendre le sien.
Mais ce soir, tout est noir. La Lune s’est elle aussi échappée ailleurs, sûrement au-dessus de nos têtes et de la lourde couverture cotonneuse, là où seuls nos esprits peuvent vagabonder entre songes légers et rêves rosés. A l’instar de celle des étoiles, sa clarté a été embarquée dans son voyage. Mais, ne pas s’effrayer. Les clefs tintent dans la serrure de cette porte d’où l’on ne distingue que peu de choses, le manteau légèrement secoué, le foulard dénoué. Le feu ne réchauffe plus, toute bûche semble consumée, la chaleur de son foyer s’est évanouie depuis longtemps ; il est grand temps de le raviver, de le nourrir assez pour apaiser les corps fatigués et embaumer la soirée des essences poivrées et épicées de son bois consumé.
Mais l’âtre n’est pas totalement vide. Une minuscule flamme vacille encore, sous un air aussi fluet qu’un soupir que l’on expire. Lorsque la vie est là, la solitude n’est plus. Une âme solitaire patiente entre quelques brindilles résiduelles, pour s’épanouir dans une nouvelle essence de bois sec, avant que, d’un souffle de printemps, sa saison ne s’éteigne. Enfin presque, puisque ce minuscule fagot calciné, témoin d’une existence éphémère, maintiendra sa présence jusqu’à l’approche des frimas de l’hiver prochain.
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