Quatre saisons

La coiffe décoiffée des "e" chapeautés

Chantal Telliac··2 min de lecture

Voilà que le Mistral sort de son sommeil ; il se lève tôt ce matin. Les brins de paille volent et tournoient sur son passage, tout se cache et se blottit au creux des arbres, dans le moindre abri de fortune. Car, sournois qu’il est, sa puissance n’a que peu de limites lorsque, chargé de l’hiver, il n’épargne rien ni personne. Et quand les manteaux se ferment et les _têt_es se courbent, il s’empare des perruques qui s’envolent au loin, tandis qu’imperturbable, il poursuit son périple vers la mer. Alors, avec un brin d’héroïsme, il embrase les accents musicaux de Marseille, couvrant et protégeant le E des chèvres pour que rien ne leur tombe sur la tête, si d’aventure la Tramontane venait à se rebêler, en modifiant le sens du vol de l’herbe sèche. Ainsi coiffé sans être benêt, sous couverture de foin et fort de sa grandeur d’âme inégalée, l’âne bénéficiant du meilleur gîte étoilé, s’offrira un bâillement langoureux, sous le plus grand théâtre de la voûte céleste des amoureux.

Complices de toujours, ces deux vents aiment à se confronter dans une autre contrée**_,** plus abrupte, où la Tramontane, voguant au-dessus des fleuves et rivières, s’engouffre entre les massifs montagneux, se frayant un chemin déjà façonné**._** Charriant sur sa travée pierres et galets, son souffle fait de grands ôôôôô, jusque dans la vallée que les riverains, fiers de leur terre et de leur terroir, reprennent dans le verbe, en chantant : Ô Toulouse ! Vivre avec les gens d’ici, c’est être toujours couvert de circonflexes, et ainsi rouler les Rrrrrrrr sans trêve ni langueur, côtoyer sans les gâcher vents et galets, frôler l’accent sans le noyer et soutenir le chant du vent d’une flûte enchantée.

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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