Pissenlit

Alors que la végétation verdoie et que les petites fleurs des champs gagnent leur titre de noblesse, moi, vulgaire pissenlit, je n’en reste pas moins le roi des jardins et de toutes prairies. Ma grosse tête au jaune parfait égaie vos prés jusqu’au moindre petits carrés de pelouse. Où que s’insinue un gramme de terre, ma graine s’épanouie. Hélas, le nombre de mes cœurs n’attire plus le regard. Trop vu, trop connu ! Seules les menottes enfantines me trouvent encore du charme, tandis que, malhabiles, elles me décapitent.
Cependant, dans quelques coins de campagne, on m’effeuille encore, comme on effeuille la marguerite, pour récupérer mon huile en une limonade de printemps. Chacun commande son verre, même les plus rebelles. Certes, dès la première gorgée, les enfants grimacent, parce que, pour leur tendre plaisir, les bulles invasives leur piquent le nez. A l’heure du goûter, je suis pourtant devenue la gourmandise que l’on attend. Me voilà enfin reconnu dans mon essence même. Alors, j’attends patiemment qu’en corole mes graines se déploient, se crochètent sur une brise matinale et s’envolent vers d’autres pâturages, pour éblouir de mon jaune soleil la nature elle-même.
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