Instants de vie

Les maux de papier

Chantal Telliac··2 min de lecture

Il est des maux qui se réparent avec de petits papiers collants, blancs ou couleur caramel, comme autant de baisers posés sur une larme, qui consolent et camouflent les blessures, le juste temps de la guérison.

A la rescousse d’une chute, lors d’un virage mal contrôlé, un vélo s’est renversé, et à ses roues un genou saignote déjà. On le tamponne d’un peu de rouge et d’un de ces papiers qui soudain déploie ses ailes, tel un papillon immaculé. Alors, il se pose là, pour apaiser les pleurs et cicatriser plus vite les blessures. Et sur le velours de ses ailes collées, un sourire au feutre rouge sera crayonné comme un copain qui s’y serait accolé.

Et puis, voilà que la moto a remplacé le vélo et, par voie de conséquence, les pansements se sont faits plus gros. Une autre fois, en aval de la rivière, les galets se percutent, une jambe se brise. Un beau et large bandage s’est substitué aux petits papiers collants, laissant tant de place et tant à inscrire : quelques mots qui respirent la tendresse et qui guérissent les blessures, ces mots que l’on conserve au-delà des perles et des choses sans prix qui brillent.

Au fil des années, les gros et les petits maux se sont ainsi succédés. De-ci, de-là, chocs, coupures, brûlures et tant de blessures se sont réparées sous ces ailes colorées, appliquées avec soins sur les plaies du corps, apaisant ainsi les âmes d’un sourire, d’une pensée.

Alors, si dans le reflet du miroir, nous pouvions aujourd’hui voir l’image de nos corps ainsi mis à nus, peut-être y verrions-nous d’abord une envolée de papillons aux vertus protectrices, des lèvres aux figures amusantes, colorant les âmes des mêmes meurtrissures, souriant aux mots doux, calfeutrés sous le collant des petits papiers écornés, qui déjà se sont envolés.

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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