Peindre les couleurs du monde

Sous une lune pleine et ces millions d’étoiles qui peuplent le ciel, les esprits se libèrent et s’envolent.
Les nuits d’hiver portent le froid jusque dans nos entrailles. Dans ce ciel cotonneux, la lumière opaque est si faible. Et pourtant, malgré ces temps rigoureux, où l’on se calfeutre au chaud et sous des couches de laine, qui mieux que les rêves peuvent s’évaporer et y trouver leur chemin !
Si l’on pouvait s’évader d’une simple pointe de ses crayons de couleur, alors j’échangerais le bleu du ciel contre de l’orangé, saturé du vert des prairies, je griffonnerais l’herbe en bleu. J’effacerais le marron bien trop sombre des arbres, pour du violet. Les nuages se revêtiraient de rose et mon monde deviendrait plus gai ! Mais, le songe, à son tour s’efface, lentement la nuit s’étiole, le jour pointe son nez.
Ce matin, à mon réveil, la buée s’imprime sous des formes hétéroclites sur les vitres de la cuisine. Hier, mon doigt dessinait des personnages souriants qui disparaissaient très vite en se délayant dans une petite flaque d’eau sur le rebord de la fenêtre. Aujourd’hui, seule la vapeur de mon café contraste avec les températures. Dehors, là où la terre gelée a changé sa robe marron pour une autre, plus éphémère et transparente, ses cristaux de givre craquent sous mes pantoufles fourrées. Le froid claque, la respiration se fait courte. Ces quelques pas sur la terrasse ont tôt fait de me frigorifier ; il est temps de se mettre à l’abri.
A présent, la tasse est froide et mon cœur si gros. Quelle satanée vanité de se sentir, même en rêve, le roi du monde ! Le marron de la terre est si fort, le bleu du ciel si parfaitement limpide, les nuages aussi blancs que mousseux, si impénétrables. Aucun assemblage n’est à réinterpréter, sans exception, toutes les couleurs du monde sont les plus délicates, les plus finement ciselées. Tout est admirablement œuvré, tout n’est que beauté dont on sait bien - et merci à Dostoïevski – qu’elle sauvera le monde.
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