Soleil Sud-Est

Si la nature nous a offert deux yeux, c’est pour… bien voir sa propre vie en face. Impossible de distinguer une autre trajectoire au-delà de celle que je me suis concoctée, puisque celle-ci ne se dévoilera souvent dans mon esprit qu’une minute avant de devoir prendre une direction. Faudrait-il choisir, par exemple, le chemin vers l’Est plutôt que celui du Sud ? Ma boussole en perd le Nord.
Quelle aberration lorsque les bien-pensants affirment que l’on se doit de rester maître de sa vie ! De toute évidence, la préférence du plus grand nombre serait d’emprunter le chemin plein Sud des vacances et de la quiétude, tandis que l’autre ne laisse rien au hasard et oblige à se lever tôt pour partir au boulot. Toujours une histoire de soleil, mais celui-là a beaucoup de mal à se lever de bonne heure. Alors que faire ?
Comme je voulais en savoir davantage, je me suis hasardé à lui parler. Et, parce que la discussion risquait d’être longue, j’ai placé mon gros fauteuil devant une psyché sur pieds, et de toute mon envergure, je m’y suis installé.
Ainsi accommodé, commencer à dialoguer avec une vie, que l’on ne voit même pas dans le reflet d’un face à face, voilà qui est bien compliqué, puisque rien ne traverse le miroir. Absolument rien.
Il fallait bien pourtant briser le silence de cette glace sans tain. Je me suis donc mis à parler et à questionner ma vie. Face à moi, elle reste muette, irrespectueusement silencieuse même. Et moi qui la croyais légère, eh bien, mon dialogue se transforme en monologue. Entre quatre yeux : les miens, dans lesquels, sans s’en rendre compte et sans rien comprendre, on se noie déjà dans ses propres remous en buvant la tasse.
Immergé sous les vagues qui dansent dans le reflet du miroir, un peu comme ces images psychédéliques de vapeurs d’alcool, adieu mers du Sud, je m’égare et fais naufrage sur des rives inconnues. Quelle ironie du sort !
Soudain, me sortant prestement de mon discours en solitaire, le carillon me rappelle que de ce côté-ci du verre éteint, il est l’heure, l’heure du plein Est, de sortir de mon marasme et… d’aller travailler.
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