Représailles effilochées

Qu’elle soit en coton, en lin, en laine ou en fil de nylon, la chaussette restera pour toujours la compagne idéale. Elle se fera petite, presque invisible, coquette parfois, avec des fleurs de couleurs, noire ou sombre pour les jours de bureau. Adaptée à tous les évènements du quotidien, elle sera même conçue spécialement pour les activités sportives, où toutes les fantaisies sont permises. Pourtant, on les lave, les sèche et les maltraite, parce qu’elles ne sont que du confort invisible, sans grand intérêt, que l’on ne montre pas et que l’on soupçonne à peine. Alors, ce matin, c’est la révolte. L’occasion serait trop bonne pour ne pas la saisir. Le réveil a mal sonné, ou peut-être ne l’a-t-il pas entendu ? On cogne à la porte, il saute d’un bon hors du lit, tellement chaud encore. Un regard furtif vers le réveil qui lui sourit de sa franche lumière jusqu’à éblouir ses yeux, encore dans les rêves sabrés par le tambourinage à sa porte d’entrée. La tête dans les nuages, il s’empresse d’ouvrir. Au moins, ces percutions cesseront enfin. Lui faisant face, Clémence ose un léger sourire narquois, devant son costume minimaliste. Elle fait un pas en avant, lui quatre enjambées vers la salle de bain, s’habillant prestement, sans trop chercher l’accord des couleurs ; la perfection sera pour un autre jour. Quelques minutes plus tard, le voilà dans le séjour où Clémence patiente sous une vapeur de café chaud.
Se sentant plus fringant, il lui sourit et inspire à grands poumons, peut-être pour lui expliquer quelques aventures par-delà les plumes de son oreiller, en enfilant une première chaussette, puis passe à la seconde sous l’œil pressant de Clémence. Dernière étape enfin, avant de bondir sur ses jambes, pour courir au bureau. Et quelle ironie du sort…
Laissant dépasser les deux plus gros orteils, une large ouverture ébouriffée offre aux yeux ronds de Clémence l’image fatale de la déficience d’un homme admirant soudain son talon d’Achille.
Comme quoi, tout est toujours histoire de fil à la patte ! Car c’est alors qu’une chaussette espiègle et en manque de considération, tisse de fil en aiguille cette malicieuse morale, un rien satirique, en s’effilochant et partant ainsi à l’assaut de quelques préjugés, pour légitimer doléances et revendications.
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