Histoires courtes

Bonnet de nuit

Chantal Telliac··3 min de lecture

Il était de convenance, lorsque le froid des nuits de l’hiver pénétrait dans les chaumières, de se réconforter auprès de quelques bougies habilement disposées dans la pièce principale et, ainsi, de dulcifier la journée, sous l’oscillation de ces flammettes bleutées.

Joseph, un rien grognon de naissance, s’employait tous les soirs à apaiser ses humeurs vacillantes de la journée passée à observer l’intensité de la flamme, qui devait l’accompagner durant cette fin de soirée. Cependant, jamais elle ne se comportait de même manière ! Et si d’aventure elle ne s’étirait pas à sa convenance, si cette capricieuse venait à s’exciter, voire même à montrer quelque impétuosité, Monsieur Joseph, s’en allait au lit, grommelant et bougonnant à demi-mots inintelligibles, tout du long de son couloir sombre et étroit accompagné malgré tout de sa chandelle persistante.

Pour lui, l’heure du coucher ne voulait pas dire pour autant, l’heure de s’endormir, sans ce petit rituel qui lui allait si bien. Son long vêtement de nuit, plus vraiment blanc, mais parfaitement assorti aux draps épais, était en accord avec ses chaussettes hissées au plus haut de ses mollets secs. Emmitouflé sous l’édredon de laine remonté jusqu’au menton, qui devait lui garantir une nuit douillette, avant de déposer sa tête sur l’oreiller de laine, il s’assurait que son indispensable bonnet de nuit était enfoncé jusqu’aux oreilles. Alors, il était prêt. L’éteignoir à portée de main, d’un geste assuré, la lumière s’éteignait sous son capuchon de laiton, en y abandonnant une larme de cire. Et le monde s’assoupissait ! Cette nuit-là, à peine endormi, le sommeil de Joseph semblait perturbé. Lui, habituellement si taciturne, calé sous le confort de ses épaisseurs de laine, tournait et retournait vivement d’un bord à l’autre de sa couche. Un mauvais rêve ou une drôle d’idée cognait-elle sur son bonnet, sans rebondir, éjecté au loin sans pouvoir transmettre son message ? Voilà un bien grand tracas dont elle serait responsable ? Quelle ironie, alors que, calfeutré dans le confort de ses yeux tombants, noyés sous des rides profondes, les oreilles closent grâce à l’abime des âges, notre ami Joseph s’en trouvait bien démuni. Et cognait encore et encore, l’idée qui ne voulait que pénétrer le bonnet sans contraindre son hôte au réveil, mais juste pour s’insinuer dans son esprit encombré.  

Agacé et grimaçant, prêt à tirer son bonnet pour garder paix et sérénité, dans un élan fiévreux, voilà qu’il manifestait férocement, le geste ample, son mécontentement.

Cette nuit ne lui aura donc pas permis de répit. Il aura lutté, et l’idée aura rebondi sans percer son bonnet. Sur son chevet, le froid sec de sa chambre aura dissocié du cône de l’éteignoir une coque alvéolée de cire noircie où, durant tant de soirs, elle aura recueilli des récits, des passions muettes et, qui sait, une idée fluette qui s’en serait détachée.

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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