Instants de vie

J'avais rendez-vous avec vous

Chantal Telliac··2 min de lecture

Ce matin-là, comme à mon habitude, j’étais en avance. Le banc du rendez-vous transpirait le froid et l’humidité de la nuit écoulée. Incroyablement paisibles, presque hypnotisés, mes yeux se noyaient dans le ciel ; le col du manteau remonté jusqu’aux oreilles, tout se prêtait à la contemplation. Rempli jusqu’à l’horizon de vagues de coton, du plus haut, le ciel ensemençait ses splendeurs. Un peu flémarde, la lumière du soleil transperçait la masse nuageuse, en la colorant de tons orangés, mettant en scène un ballet cotonneux de mousse légère, si légère et pourtant oppressante aussi. Au-dessus de mon banc de laiton, ces monstres impériaux parcouraient sous mes yeux, sans aucune entrave, des centaines de kilomètres. Mais Dieu, qui se serait risqué à les défier ? Tout là-haut, la puissance et le grandiose se conjuguaient, dans cette inatteignable dimension qui n’espérait que de nourrir de sa beauté, en un spectacle à ciel ouvert, tout être capable de retenir sa lumière.

Alors que l’aube du jour se jouait en une polyphonie d’éclats de couleurs, faite de contrepoints et de justes répercussions, encore emmitouflé sous ma cape de laine, un feu m’envahit soudain. Le froid n’avait plus de prise, les minutes plus de poids ; léger comme une aile de papillon, me délestant de « l’autre », celui d’avant, collé sur son banc, je décollais.

En cet instant de grâce, navigant dans ce sein cotonneux, hors du réel, une âme valse dans la brise d’un songe. Une inspiration, et elle se vivifie ; un souffle, et elle s’allège ; une ronde à trois temps, et la mousse s’harmonise ; un éclat de rire, et… c’est l’extase.

En bas, l’homme n’avait pas bougé. Il semblait dormir profondément, avant qu’une profonde inspiration ne le sorte de sa léthargie. Les yeux ouverts à présent, au-dessus de sa tête, son ciel ne lui reflétait qu’un accord de gris. Le matin avait disparu, le jour s’était enfui. L’atmosphère était au sommeil et, à bas bruit, le souffle silencieux de la nuit investissait les rues et les allées pavées ; le songe était bien terminé, à présent il fallait rentrer !

J’avais un rendez-vous avec vous, mais vous n’êtes pas venue à ma rencontre. Je ne suis pas triste, ni blessé. Dans mes bras, l’esprit du monde s’est donné, je l’ai tenu, je l’ai aimé. Il m’a offert une vérité que j’ai absorbée. Mon âme s’est vivifiée sous des aspects encore ignorés, et j’ai grandi. Oui, la beauté s’est habillée d’une vérité qui ne m’était pas encore accessible, alors qu’aujourd’hui, je sais posséder dans le creux de mes mains le monde entier.

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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