Bulle d'ivresse

Ah, si l’on m’avait dit…
Que l’on pouvait danser sous la Lune sans être perçu comme un huluberlu,
Que parler avec les animaux n’était pas l’apanage de l’innocence et de l’enfance,
Que pour tout être ailé, il n’est pas impossible d’entendre les sons émis par les plantes sur une longueur d’onde hors d’atteinte de l’oreille humaine, sous forme d’appel à la pollinisation, puisqu’ainsi elles sont fécondées,
Que le vent, messager entre tous les éléments, ensemence simultanément tous les esprits de par le monde, des plus grandes idées, des découvertes les plus essentielles propices à l’élévation de l’humanité,
Que l’homme ne crée rien, parce que tout est existentiel, là, et que chaque parcelle de vie n’est qu’éphémère en naissant et disparaissant déjà,
Que l’Art du pinceau, des mots raisonnants en rimes, des clefs et portées envolées, vecteurs du remarquable, est capté intuitivement, là où convergent les fluides sympathiques. Et qu’ainsi naissent, insufflées d’inspiration, de sublimes reproductions,
Que tout est équilibre et harmonie, pour que transparaisse, au-delà de la pensée, une beauté incarnée dans chacun de nos rêves et de nos réalités.
*
Les pieds crochetés sur le dernier rocher avant le précipice, harnaché à ma toile, les bras en équerre comme les ailes de l’oiseau, je sens le vent s’engouffrer dans mes veines comme il vibre dans chacune de leurs plumes ; il est froid, puissant et effrayant. J’entends les sons qu’il transporte, une mélodie indicible pour le commun. Mais, à ce moment, chaque parcelle de vie en moi frémit sur cette fréquence, ultime cadeau avant le saut.
Au-dessus de ma tête, un rapace dont je ne connaitrai sûrement jamais le nom lâche un cri strident, comme un appel au décollage. Soudain, un éclair de lucidité illumine une tout autre réalité. A ce moment unique, cette parcelle de conscience permet une expérience solennelle où tout est transcendé. Alors, hors d’haleine, s’abandonner et se laisser vibrer sur les cordes du vent, et encore, lui crier son exaltation, cette joie immense jusqu’à l’ivresse, cet engouement d’être vivant.
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