Chapeau, Madame !

Ô, elle n’était pas très finette, l’Augustine, mais elle était connue de tous pour sa constante bonne humeur en chacun des jours et au fil des saisons. La vie ne l’avait guère épargnée, la solitude des lendemains qui s’égrainaient un à un, et les années qui s’amoncelaient, lui fermaient doucement les portes d’un lendemain à deux. Mais de tous ces maux, aucun ne transparaissait au-delà de ses volets fermés, alors que ses prières de captive sans affection s’élevaient quotidiennement, accompagnant les fumées le long du conduit de sa cheminée.
En ce temps-là, les jupes se superposaient aux jupons, les cheveux se nouaient savamment en chignon, dont aucune « couette » ne rebiquait. Les coiffures coiffées-décoiffées n’étaient pas d’actualité, puisque mèches dociles et rebelles se domptaient inévitablement d’un coup de peigne aux dents acérées. Savamment entortillé, le tout était alors piqué par une épingle à cheveux et finalisé par un chapeau plus ou moins sophistiqué, voire parfois plus amphigourique qu’élégant.
Les années et les siècles ont ainsi accompagné presque sur un pied d’égalité paysans chapeautés, roi et reines couronnés. Le souvenir est proche où l’élégance de la comédienne couverte de larges bords charmait les photographes pour sa beauté et son mystère dans l’ombre de la paille tressée. Quant au haut de forme, il élevait la silhouette des hommes vers un regard droit, à visée haute, les rendait fiers et beaux… autant d’images qui semblent appartenir à une époque lointaine, et pourtant…
L’Augustine, femme d’aujourd’hui sans jamais être fatale, couverte de son haut de forme, sourit allégrement à l’air de son temps, en admirant sa douce silhouette sur tous les miroirs du monde et chaque devanture sur son passage. Son allure fine et cadencée s’est émancipée, la voici plus déterminée, son regard a grandi, tandis que l’ombre de ses chaussures, crochetée à celle de l’homme agrippé à son bras, aux pas souples et inaudibles, contrebalance la puissance de ses talons en tapant avec assurance sur le pavé. Frais et enjoués, ils mènent ainsi la danse sur un air de ritournelle hors d’époque, en faisant d’Augustine ainsi chapeautée, la plus grande des nouvelles femmes du monde !
Merci à « La Forêt des Chapeaux » du village de Saoû, dans la Drôme, pour ce superbe haut de forme… bleu.
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