Caresse

Délicate comme une caresse, une main effleure celle d’une inconnue, comme un baiser volé au coin d’une rue. Passion consentie entre deux mains qui se croisent sans réellement se toucher. Furtives, elles se convoitent et s’enlacent naturellement, sans devoir se défaire. Elles s’enroulent à présent l’une et l’autre, dans une chorégraphie fine, élégante harmonie, sans contrainte, sans le moindre doute de s’en soustraire.
Et, si les mains se risquent au désir, s’effleurant simplement, qui d’autre que les caresses elles-mêmes s’entrecroisent dans une conversation infiniment intime ? Dans un dialogue d’âme à âme, elles se donnent sans condition, sans aucun mot, côtoyant le délicat des couleurs des sentiments les plus nobles, comme de ceux que l’on cache, ceux dont la pudeur nous accable. Plus merveilleux qu’un mot d’amour, tel un baiser offert qui vous bouleverse à jamais. Alors, durant cette parenthèse hors du temps, faut-il réinventer le toucher sans jugement périphérique, telle une divagation qui se présente comme une grâce en offrande ? Aux euphonies suaves, le geste, se suffisant à lui-même, surprend un frisson fiévreux. Car, rien de cette rencontre ne s’éloigne davantage d’une ballade triste ou d’un rêve inachevé.
Pas de mot, ils ne seraient qu’injure, pas d’éclat de couleur, elles en sont détentrices, non, rien d’autre, ou peut-être qu’une légère vibration aux commissures des lèvres, fébrilement fluettes.
Ch.Telliac
Sculpture Auguste Rodin
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