Dire sans mot-dire

En ce petit matin, quelques mots matinaux sonnent à ma porte. Ces lève-tôt seraient-ils malotrus au point de vouloir s’insinuer dans mes saines pensées lavées par la Lune et ses marées nocturnes ?
Sans mot-dire et sans les avoir invités, ils pénètrent pourtant dans mon esprit et s’installent sur le plus moelleux de mes canapés, en murmurant mot à mot quelques secrets d’alcôve, quelques échanges impénétrables. Pas le choix, il faut s’y intéresser de plus près, tendre l’oreille et la bonne, pour ne rien manquer. Mais, à vouloir leur prêter ainsi trop d’attention, je me suis fait épingler tout entier. Qu’elle drôle d’idée j’ai eue ! C’était bien là le terrible faux pas à éviter. Car, ces mots vicieux soudain alignés en phrase, impeccablement ficelés les uns aux autres, m’attendaient là, et ils m’ont séquestré au point qu’il serait maintenant inimaginable de m’en soustraire et de revenir en arrière.
Que faire à présent, sinon les écouter et entendre les confessions dont je suis l’enjeux ? Il suffit ! Je m’insurge et tente une défense ; qu’elle audace, qu’elle indignité de s’imposer chez moi sans invitation, et de rendre ainsi mon petit matin « chagrin » ! Hélas, les mots se multiplient encore, forment maintenant des colliers de perles mensongères, sans que je n’en puisse rien faire ! Alors, la simple indiscrétion d’un de leurs chuchotements se métamorphose en un mot-passant, de ces passe-murailles qui dévalent les escaliers sans jamais se blesser, de ceux que l’on ne peut rattraper. Mais il est trop tard ! Impossible de les retenir, il me reste à les maudire pour les expulser à perpétuité, en leur faisant quelque croche-mot au bas d’une marche escarpée.
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