Le monde du silence

Derrière les barreaux des portes de ma prison, le soleil pâle s’est effiloché, mon visage délavé s’est lentement fané sans que je ne m’en sois inquiété.
Le temps n’est pas si lointain où les rires déchiraient encore la nuit. Non, hier, juste hier. A ne vouloir être tâchée d’impures pensées, l’insouciance s’est enfuie et m’a abandonné. Et, je suis resté là, seul et désemparé. Comment en vouloir à sa raison lorsque les vapeurs du monde nous transportent trop loin de la candeur et de l’herbe tendre ? N’ayant pu l’accompagner, j’ai continué mon aventure ; pas à pas, le ciel s’est obscurci pour, décidément, s’accoutumer à sa pénombre. On s’habitue à tout, comme au manque de lumière qui nous éloigne de la ferveur et de l’enthousiasme. Mais, plus on s’adapte à une situation, plus elle croît. Alors, les barreaux devant mes yeux se sont épaissis jusqu’à combler tout l’espace, ne laissant entrevoir qu’un filet de clarté sur les rives accidentées de mes paupières.
Il y a tant de sortes de prisons où les âmes sensibles, séquestrées, se content des histoires de sable chaud et de firmaments envoutants ! Plus savamment, certaines nous entraînent à taire les jeunes éclats de voix, si clairs, si beaux, trop dérangeants, tandis que d’autres geôles, tel un abri de fortune à nos tourments, se dévoilent comme une cachette éphémère de carton ondulé.
Chacun dans son wagon, la vie continue, personne ne reste sur le quai ; personne, sauf celui pour qui l’heure est dépassée et dont le train a filé.
Par-delà l’opacité de la fenêtre, les parterres de fleurs doivent embaumer l’air que l’on respire, ces bouquets de pâquerettes dont je suis privé, parce que dans le noir, incurablement, rien ne pousse. Alors, je tente une évasion en fouillant désespérément dans mes rêves et, toujours prêt à bondir, les souvenirs ressurgissent enfin. Les images du passé ne tardent pas à se ranimer, elles se bousculent, les lèvres vibrent et les yeux brillent. Les palmes aux pieds, je me souviens des jeux d’enfants, des cabrioles dans une mer limpide et de la chaleur du soleil sur ma peau. Et aussi des bêtises et des phrases toutes faites que l’on sort à la première occasion qui n’en est pas une.
Quand le train s’arrête enfin à quai pour une correspondance, s’apitoyer serait regrettable. Il faut bondir, vite et sans bagage, franchir la passerelle et sauter vers une autre destinée, là où les rêves redeviennent accessibles, les passions passionnément ensorcelantes, et le soleil, ah mon soleil !
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