Espièglerie

Une énigme à la clef

Chantal Telliac··3 min de lecture

Hier soir, alors que je me promenais dans la forêt, je trouvais une clef aussi brillante qu’une étincelle, qui dormait sur un tapis de feuilles séchées. De là où brillent les lunes pleines, avec ses fictions et ses fantasmes, elle, semblait féérique, tout droit sortie d’un conte merveilleux. Ce n’était qu’une simple clef que je tenais bien serrée dans ma main, tant elle m’intriguait, m’introduisant ainsi dans l_e_ sortilège d’une nuit_._ Pourtant, elle n’était sûrement pas celle de la voûte étoilée, mais, m’aurait-elle révélé une âme d’explorateur que je méconnaissais ? Alors, comme un enfant, les yeux grisés par le mystère, l’idée me vint d’une clef de coffre-fort de pirates à dénicher… avec une énigme à la clef. Ah, s’il s’était agi d’une clef de Sol, j’aurais pu m’asseoir sur sa portée et me laisser emmener, clef en poche, jusqu’au-dessus des nuages. Ou bien, s’agissait-il précisément de la clef des songes qui me permettait d’espionner par le trou de la serrure les portes du paradis. Grand dommage, ce n’était pas non plus la clef du royaume des cieux. Tant pis pour la ballade musicale. Pourtant, s’évaporer en arpèges sur une gamme aurait pu être si plaisant.

Faute d’avoir trouvé la clef de l’équation, l’énigme restait donc entière ! Blottie dans ma main, elle me suggérait de prendre la clef des champs et d’aller plus loin dans la nuit, avec la ferme intention de ne pas me résoudre à rejoindre la maison. Ma seule issue, mettre la clef sous la porte ou plutôt sous le paillasson, m’évader vers cet ailleurs si près, et toutefois inconnu de chez moi. Cette nuit-là, tout était méconnaissable sous la clarté de la lune insondable. Mes pas suivirent d’abord un sentier qui longeait le ruisseau en contre-bas, puis cheminèrent sous le bruissement des feuilles des hauts arbres. Les rochers sur ma droite réfléchissaient la blancheur de la lumière, aussi bien que le feraient des miroirs reflétant le pur éclat de la Lune. A l’égal de la clarté du jour, la nuit embrasait chaque espace de la végétation, comme en plein soleil, transperçant tous les recoins de la nature, tous les sous-bois jusque-là calfeutrés dans les allées sombres et impalpables ; en ces lieux, l’horloge semblait soustraite au poids du temps, peut-être même retenue captive dans quelque placard dérobé, dissimulée et fermement verrouillée à clef.

Cette clef… plus de clef. Je l’avais perdue ! Soudain, la rêvasserie s’était évadée, la nuit devenue plus sombre et les petons désorientés. Le mirage m’avait abandonné dans l’obscurité, dispersant son charme sous d’autres latitudes. Le temps n’était plus à tergiverser, ni à fantasmer, l’urgence était de retrouver la clef de l’itinéraire de retour, rêvasser en s’appropriant le songe en clef de Fa, comme un cadeau des cieux, en arquant simplement mon dos jusqu’aux souliers fatigués et récupérer ma clef de Sol, recroquevillée sous le paillasson.

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Écrit par
Chantal Telliac

Écrit des carnets, au fil des jours et de l'inspiration.

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